Toujours étonné d’être taxé de désespoir ou de cynisme, moi qui y ai toujours cru et qui y croit encore. Je crois que l’on finira bien par la faire cette révolution, simplement parce qu’il n’est pas possible, pas concevable, de vivre si longtemps aussi bas, si vilement, si dégueulassement… qu’on finirait par trop en crever… par en avoir marre de tant de glaviots, de vomissures… Overdose de nullité. Même les porcs, dans leur bonne grosse vie de porcs, doivent à un moment ou un autre désirer « autre chose », vouloir sortir de l’auge, marcher un peu sur un sol ferme. Au moins quelques instants… Du moins je pense… Je sais qu’on peut vivre bien, convenablement, debout sur ses deux jambes… Je l’ai vu… enfin aperçu… et même si 98% du spectacle quotidien, à commencer par la vision de moi même, s’acharne à me démontrer le contraire, je sais que cela existe, que c’est possible. Et finalement, il n’y que cela qui compte. Un coté premier communiant légèrement demeuré sans doute… Mais que celui-ci s’estompe et ne resterait en effet alors que l’implacable laideur des jours actuels, où il faut bien tout l’héroïque renfort de l’art et de la foi pour continuer à discerner quelque chose à sauver.
Je n’ai jamais rien fait dont je n’ai cru à l’utilité… Des fanzines artisanaux lus par 30 pékins aux interventions pompeusement nommés « conférences » dans des arrières salles de bistrot devant une assistance étique n’attendant que l’occasion de renouveler sa bière en passant par les autocollages adolescents, les voyages improbables et les émissions de radio bricolées, j’ai toujours pensé, et je pense toujours, que cela n’est pas inutile. Ridicule, parfois, mais jamais inutile. D’abord pour moi sans doute, comme une activité sanitaire et hygiénique de survie mentale, mais pas seulement. Utile aussi comme une poignée de semences éparpillée sur un terrain hostile et dont on ne peut présumer de la fécondité.
Beaucoup moins blasé et sordidement « pragmatique » que tant de « joyeux drilles » qui acceptent la nullité du temps comme une donnée invariable dont il faut s’accommoder, qu’il faut savoir « maîtriser » et « utiliser ».
Je sais que nous n’avons pas toujours été cette crasseuse obscénité qui s’étale désormais du métro au bureau en passant par internet et ses « réseaux sociaux », je sais que certains n’en sont pas encore réduits à cela, et je sais que d’autres peuvent encore s’en extraire…
Même si tout est perdu pour moi et ma génération, cela n’invalide en rien les combats à mener, dont l’aspect aujourd’hui dérisoire vaudra toujours mieux que les ricanements veules et satisfaits des « esprits forts » se complaisant avec jubilation et parfois même grand talent dans l’immondice contemporain.
Source : A moy que chault !






